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Document 2 : Grèce : la « deuxième colonisation »
Vers le début du VIIIe siècle […] c’est le moment où débute une expansion appelée habituellement la « deuxième colonisation ». Ce phénomène est surtout la conséquence d’un mécontentement général, qui provoque le départ ou l’exil de citoyens de toutes les classes. Les campagnes sont particulièrement touchées. Beaucoup de ruraux sont victimes de la pauvreté du sol et sont mécontents de leurs conditions de vie. En dehors de quelques privilégiés, la plupart des petits propriétaires n’arrivent guère à se tirer d’affaire. En effet, le morcellement des domaines, imposé à chaque génération par le régime successoral, entraîne une existence misérable : les paysans s’endettent et, s’ils ne peuvent s’acquitter de leurs dettes, perdent leur propriété, et parfois même leur propre liberté et celle de leur famille. Il ne leur reste plus souvent qu’à s’exiler. L’expansion, qui pousse tant de Grecs à s’engager sur les mers, peut aussi s’expliquer par d’autres facteurs, notamment la surpopulation. Plus tard, le désir d’hégémonie et leur volonté d’accroître leur puissance commerciale favoriseront également les migrations en cours. En effet, dans un premier temps, les installations ont un caractère nettement agricole. Ensuite, les implantations sont davantage de nature commerciale. Les principales cités d’où partent des émigrants sont, en Grèce proprement dite, Chalcis, Corinthe et Mégare, et en Asie Mineure, Milet et Phocée. Les colons se dirigent surtout vers la mer Noire et vers la Méditerranée occidentale dont les terres, riches en blé, les attirent. Milet, sans doute à cause de dures luttes sociales, est la base de départ d’une vaste émigration vers la mer Noire. Des Mégariens fondent, entre autres, Byzance en 667. En Italie du Sud et en Sicile, dénommées au Ve siècle « Grande Grèce », les Corinthiens créent, en 733, Syracuse, et parmi les fondateurs les plus actifs, les habitants de Chalcis sont à l’origine, par exemple, de Catane (728) et de Naples (vers 600). Vers 600, les Phocéens fondent Massalia, aujourd’hui Marseille, qui bientôt essaime elle-même en cités nombreuses tout le long de la côte (Monaco, Nice, Ampurias) et jusqu’aux îles Baléares. Par ailleurs, dès le VIIe siècle, des commerçants, pour la plupart originaires de Milet, s’établissent à Naucratis en Égypte, tandis que prospère Cyrène en Libye. C’est improprement qu’on donne le nom de « colonies » aux communautés que les Grecs établissent hors de leurs frontières. Ceux qui s’expatrient viennent de cités différentes et partent de tous les côtés. Ce mouvement n’est donc ni coordonné, ni systématique, comme le sera, plus tard, la colonisation romaine. De plus, du point de vue politique et administratif, les cités nouvelles sont presque toujours indépendantes de leur métropole et mènent une vie autonome. Les Grecs, en partie dispersés, vont cependant conserver des liens religieux. Les grands sanctuaires comme celui d’Apollon à Delphes avec son oracle de la Pythie et celui d’Asclépios à Épidaure, les attirent tous, si éloignés soient-ils. Et tous participent aux Grands Jeux. Ainsi la Grèce, incapable de vivre sur elle-même, s’est largement ouverte de tous côtés. Cette expansion est allée de pair avec une diffusion de la civilisation grecque, comme en témoignent les grands ensembles monumentaux de Paestum, d’Agrigente ou de Sélinonte, par exemple.
Adapté de A. DUPONT-SOMER, L’Antiquité : le Proche-Orient, la Grèce, dans Civilisations. Peuples et mondes, Paris, Éditions Lidis, 1966, p. 286-290.
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